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mercredi 18 juillet 2018

La Coupe du Monde m’a rappelé qu’en tant que femme, je reste parfois une proie


Plusieurs femmes ont raconté avoir été agressées sexuellement pendant les célébrations suivant la victoire de la France à la Coupe du Monde. Un rappel amer, pour Mymy, qu'être une femme dans l'espace public, ce n'est pas neutre.
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Le gouvernement rappelle la loi
La Secrétariat d’État à l’égalité a partagé ce tweet faisant référence aux nombreuses femmes ayant été agressées sexuellement pendant que la France fêtait la victoire des Bleus.
Ni l’alcool, ni l’amour du foot n’excusent de telles agressions.
Soyons honnête dès le début : je suis vraiment pas fan de foot. Ni de sport en général, encore moins télévisé.
Je ne prétends même pas être une Footix qui se réveille tous les 4 ans, non, je peux tout à fait vivre une décennie sans voir le moindre match et ça ne me poserait aucun souci.
Par contre, je suis fan de gens contents, et de liesse, et de joie, et de positivité. (Et de bières.)
Je ne crache donc jamais sur l’opportunité d’aller voir un match dans un bar, entourée de potes arborant le drapeau français sur leurs joues, applaudissant ou huant les actions à l’écran.
C’est ce que j’ai voulu faire, cette année. Sauf que… je suis une femme.

La Coupe du Monde m’a rappelé le sexisme ordinaire

Pour la demi-finale, j’ai rejoint une amie fan de foot dans un grand bar parisien ayant installé deux écrans et des tireuses à bière sur sa terrasse. Malin.
Le match commence à 20h, j’arrive à 18h30, l’endroit est déjà noir de monde. Pour commander une pinte, il ne faut pas se faufiler : il faut se compresser. Et ça ne fait qu’empirer.
La foule est composée, je dirais, à 65% d’hommes. Beaucoup sont déjà ivres. Beaucoup de femmes le sont aussi, mais elles me font moins peur.
Car les femmes restent en groupe, avec leurs potes, et n’impliquent pas spécialement les autres. Les hommes font des accolades à des inconnu·es, crient, prennent à parti les gens, font résonner leur corne de brume.
Dans ma tête, le calcul est vite fait : je n’aime pas assez le foot pour me sentir aussi oppressée par la foule, et aussi méfiante des types bourrés un peu trop tactiles.
Sans regret, j’embrasse mon amie sur ses drapeaux tricolores et je me tire, direction une soirée dans un appart avec le match en fond.
Moins d’ambiance, plus de sentiment de sécurité. Jusqu’au moment où il a fallu rentrer.

Les supporters de foot m’ont fait peur, car je suis une femme

Minuit. On a gagné il y a deux heures déjà. On est en finale.
Les gens sont À FOND. Et ça me rend heureuse ! Dans la rue, je croise des tas de personnes souriantes, débordantes de joie, ça fait du bien.
J’ai trois métros pour rentrer chez moi, un trajet débile avec des correspondances tous les deux arrêts. J’ai chaud, je suis en short, j’ai hâte d’être sous ma douche puis dans mon lit.
Et à chaque métro, j’ai un peu plus peur.
Car à chaque métro, les groupes de mecs se font plus nombreux, plus bruyants, plus avinés, plus torse nu. Et j’ai beau savoir que c’est la ferveur du foot qui les anime… j’ai appris très tôt à me méfier des groupes de mecs bourrés.
Qu’est-ce que je fais, s’il y en a un qui me touche ? Qui m’attrape ? Qui essaie de m’embrasser pour célébrer la victoire ? Qui me reproche de faire la gueule ?
Est-ce que les gens m’aideront ? Est-ce que ses potes m’aideront ? Est-ce que je pourrai dire « non » sans prendre de risque ?
Je déteste me poser ces questions. Le harcèlement de rue n’a pas disparu, mais dans ma vie, il a diminué. Ça fait TRÈS longtemps que je n’ai pas eu cette impression d’être… une proie. En danger.
Ça m’avait pas manqué, putain.
C’est en partie pour ça que je suis restée chez moi ce dimanche, jour de finale. J’aurais aimé vivre la liesse populaire, mais j’avais pas envie de me faire emmerder. J’avais peur pour ma sécurité.

Des femmes agressées par des supporters le soir de la finale

On a gagné ! On est les champions !
Une foule se presse dans les rues de Paris, dans la France entière. Une déferlante de joie, de fierté et de folie positive s’abat sur le pays.
Enfin, j’imagine. Car si vous avez bien suivi, je suis restée chez moi. Parce que j’avais un peu peur de me faire emmerder.
Et je n’ai pas été très surprise quand c’est arrivé à d’autres femmes, qui ont eu plus de courage que moi.
En cliquant sur le tweet ci-dessous, vous accéderez à plusieurs témoignages anonymisés de personnes ayant raconté avoir été agressées sexuellement par des inconnus le soir de la finale.
Des hommes les ont prises par la taille, embrassées de force, leur ont touché les seins, les fesses, le sexe, ont collé leur entrejambe à elles, ont parfois profité de leur ivresse ou de leur fatigue pour les agresser.

Les hommes célèbrent la Coupe du Monde plus en sécurité que les femmes

Ces hommes ont gâché la fête de ces femmes, les ont parfois forcées à se réfugier finir le match chez elle, les ont privées du plaisir qu’ils savouraient avec tant de ferveur : celui de célébrer la victoire en public.
Alors j’ai ri un peu jaune quand j’ai vu des photos virales de jeunes mecs totalement nus, en public, fêtant la Coupe du Monde…
Perso, j’ai aucun souci avec la nudité, je m’en fous de voir des couilles, des culs, des bites, des seins, des chattes. Vraiment rien à battre. Donc ce n’est pas la pudeur qui rend mon sourire acide.
C’est cet échange avec un ami, qui venait de voir la photo du type tout nu sur son lampadaire :
— Dis Mymy, t’as vu passer des photos de meufs toutes nues pour la finale toi ?
— Je pense pas qu’une femme aurait pu monter nue sur ce lampadaire sans se prendre quelques doigts dans la chatte.
Ma réponse est sortie toute seule. Parce qu’elle est évidente. Parce qu’elle est vraie.
Parce que les femmes n’ont pas le droit de profiter de l’espace public de la même façon que les hommes. Parce que leur corps est immédiatement sexualisé.

À quand une Coupe du Monde sans sexisme ?

Est-ce que dans 4 ans, je pourrai sortir profiter de la Coupe du Monde avec mon short sur les fesses et des drapeaux sur les joues, sans me faire emmerder ?
Est-ce que je pourrai ne pas être une femme, être juste une personne, venue encourager une équipe et célébrer un moment d’effervescence nationale ?
Je l’espère. Mais ça ne se fera pas par magie.

Comment aider les femmes pendant les célébrations à grande échelle ?

Ces observations concernant la Coupe du Monde s’appliquent malheureusement à plein d’autres évènements.
La Fête de la Musique, les festivals, les férias… toutes les occasions d’être dans la foule, surtout quand la foule a accès à de l’alcool, sont potentiellement dangereuses pour les femmes.
L’absence de honte : une illustration.
Alors comment faire changer les choses ? Voici quelques conseils.
  • Si vous êtes une personne qui n’agresse pas les autres…
Faites attention aux gens autour de vous, notamment aux femmes, plus souvent agressées.
N’hésitez pas à intervenir si vous avez l’impression qu’une personne est malmenée par une autre, forcée, harcelée. Vous pouvez simplement faire semblant de la connaître en allant lui parler, pour l’éloigner de la situation.
Repérer les services de sécurité présents et sollicitez-les, même si vous avez « juste un doute » : ils sont aptes à vérifier que tout se passe bien et à agir si besoin.
  • Si vous êtes une personne qui tient à faire partager sa joie…
Faites-le sans toucher, embrasser, attraper, frotter, coller les gens sans leur consentement. La fête n’en sera pas moins folle. Et tout le monde pourra y participer.
Merci bien. 

        

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